s Le Grenadier du 23ème de ligne
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  Jean Joseph Horemans  
 

 

Les grenadiers

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Grenadier du 23ème de ligne en habit blanc 1806

 

Extrait de l'histoire de l'infanterie française

Par décret impérial du 18 février 1808, tous les bataillons d'infanterie comportent 6 compagnies de même effectif, dont 2 sont composées de soldats expérimentés et de bonne tenue : les grenadiers (carabiniers dans l'infanterie légère) et les voltigeurs, dont les rangs encadrent ceux des tirailleurs (chasseurs dans l'infanterie légère). Chaque compagnie est divisée en deux sections de quatre escouades chacune. Au combat, elle se déploie sur trois rangs.

Héritière des bataillons de chasseurs de l'ancien régime, l'infanterie légère est sensée se distinguer de l'infanterie de ligne par son emploi, et par conséquent son équipement. Concrétisée par un uniforme distinct, cette différence se limite pourtant à l'utilisation du fusil de dragon, de même calibre mais plus court et plus léger que le fusil Mle 1777. Au combat, les régiments légers sont progressivement utilisés de la même façon que les régiments de la ligne.

Les grenadiers mesurent au moins 1,75 m. Leur taille est rendue encore plus impressionnante par leur bonnet à poil. Elite des bataillons, ils doivent avoir au moins 4 ans de service ou participé à 2 campagnes. Leur compagnie se tient toujours à droite en déploiement, et défile en premier, derrière les sapeurs qui lui sont rattachés.

Jean-Joseph HOREMANS (Ham-sur-Heure 1789 – Lille 1829) fût l'un d'eux.

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Mémoires d'un Grenadier du 23ème de ligne

par Jean-Joseph HOREMANS (Ham-sur-Heure 1789 – Lille 1829)

Grenadier de l’Empire.

Récit complété par François Horemans

Edité en 1858 par Jean-Baptiste Horemans.

Résumé de Jean-Marie Horemans

 

Fils de Joseph et de Geneviève-Elisabeth Remy, né au " Bourg ", c’est-à-dire, dans le langage régional, à Ham-sur-Heure, le 30 décembre 1789, Jean-Joseph Horemans, dont la vie aventureuse, les campagnes militaires ou les malheurs dans les prisons anglaises eussent pu inspirer un romancier ou un feuilleton TV, n’avait rien d’un héros. Sa destinée aurait pu être banale et il serait devenu menuisier.

A l’âge de 16 ans, il voyagea en France et séjourna à Lille pour se perfectionner dans la fabrication de chaises et de fauteuils. D’abord réfractaire à la conscription, il finit, à l’instigation de son oncle Antoine Rémy, maire de Ham, par se présenter à Mons, fut enrôlé dans le 23ème de ligne et rejoignit son régiment à Genève le 21 janvier 1809. Avec l’armée du prince Eugène, il passe le Grand-Saint-Bernard, il est à Mantoue et à le bataille de la Piave (mai 1809).

Le 23ème de ligne, placé dans la division Marmont, combattit à Essling et à Wagram (juillet 1809) et Joseph participa comme charpentier à la construction du pont de l’île de Lobau. Il fait les campagnes de Moravie, séjourne à Vienne, à Krems où l’Empereur vient goûter sa soupe… Il devient ordonnance d’un médecin, est à Raguse, combat les Turcs et les Monténégrins, tombe dans un guet-apens sur une île dalmate et est livré aux Anglais.

D’abord prisonnier à fond de cale, il répond à un officier qui le menaçait de sévices s’il ne travaillait pas : " Les guerres ne sont pas éternelles, Amiral ; et quand je serai libre, j’écrirai l’histoire de ma détention et dénoncerai à l’univers tout entier la barbarie de l’amiral qui aura foulé aux pieds les droits de la guerre et de l’humanité. "

Un vent de liberté a soufflé sur l’Europe et les soldats de la République et de l’Empire ont été les messagers des idées démocratiques ; il est révélateur de voir cet homme simple, sans culture, invoquer les droits de l’homme pour protester contre les mauvais traitements qu’on lui fait subir. Mais son sort s’améliore grâce à un capitaine anglais, le commandant Warton, qui le prend à bord d’un brick et dont Joseph tente de faire un bonapartiste.

Dans ses souvenirs, Joseph Horemans narre, avec force détails drôles ou tragiques, ses aventures personnelles, voyant l’histoire et, l’épopée impériale par le petit bout de la lorgnette. Avec le brick anglais, il ira à Alexandrie (qu’il visitera). Transféré dans une prison de guerre a Malte, il en sort grâce au même officier et, sur le brick, gagne Gibraltar, puis la Guadeloupe et la Martinique où Joseph, selon ses dires "épouse" une négresse veuve tenancière d’un hôtel. Celle-ci ne voudra pas le lâcher lorsqu’il embarquera de nouveau et il devra se faire enlever...

De tous ces voyages, aucun souvenir d’un site, aucune description de paysage ne viennent interrompre le récit naïf et alerte à la fois. Ramené à Palerme et passant pour italien, Joseph travaille dans un atelier de la ville et fait pour la duchesse d'Orléans (Marie-Amélie de Bourbon, épouse de Louis-Philippe) une superbe table de marqueterie. Par malheur, à la suite d’une dénonciation d’ouvriers italiens jaloux, Joseph retrouve la prison anglaise, tente de s’évader en barque et s’écrie à cette occasion : Enfin, nous allions revoir la patrie le drapeau, l’Empereur ! Mais il faut avoir été soldat de la grande armée et prisonnier de guerre des anglais pour comprendre ces mots-là, pour sentir les émotions indicibles qui faisaient battre nos cœurs. Pour échapper aux geôles anglaises, Joseph, avec quelques Bruxellois, s’engage dans la Légion étrangère anglaise, embarque en fraude sur le bateau qui, en 1814, ramenait la famille d’Orléans en France.

A Marseille, Joseph et ses compagnons de fugue embrassent cette terre de France toujours chère, quoique ayant perdu sa plus belle fleur (Napoléon est à l’île d'Elbe). Malade, Joseph Horemans rejoint son régiment à Dijon où, ayant reçu d'Ham-sur-Heure un certificat constatant sa nouvelle nationalité, il obtient son congé et regagne son village natal, à pied la plupart du temps, par Troyes et Vervins. Partout fêtés et abreuvés, Joseph et un camarade de Binche sont obliges de narrer leurs aventures.

Le 11 novembre 1814, il retrouve enfin sa famille qui, pendant quatre ans, l'avait cru mort ou déserteur. Quelques mois plus tard, le 15 juin 1815, il a la surprise de revoir son régiment, celui de Vandamme, qui allait s'illustrer à Ligny, passant par Ham et Marbaix. Après Ligny, Wavre et Waterloo, Joseph s'occupera de blessés, cachera même des Français jusqu'à leur guérison et se fera l'avocat de la population devant les exigences de l'occupant prussien. Quand le pays fut attribué à Guillaume d'Orange et que fut nouée l'illusoire union des Pays-Bas, Joseph, né liégeois et soldat de la Grande Armée, n'eut de cesse de rejoindre sa patrie d'adoption.

Après un séjour à Bruxelles, il poussa sa famille à gagner la France ; Joseph, ses parents et ses frères s'installèrent à Wazemmes, commune aujourd'hui englobée par Lille. François Horemans recueillit les mémoires du grenadier, que Jean-Baptiste Horemans, le cadet, typographe et journaliste, devait éditer en 1858.

Il est paradoxal de constater que ce soldat, ce sans-grade, qui connut surtout de la guerre les marches forcées, les journées chaudes des batailles et la captivité atroce dans les prisons anglaises, voue à l'Empereur une admiration enthousiaste et un culte fidèle. Mort à 39.ans, après 5 ans de service et 14 ans de maladie après son retour, Joseph. Horemans opta pour la France, attendant jusqu'à sa mort, le 13 novembre 1829 à Lille, le retour de. L’Empereur (mort en l82l) qu'il imaginait en Amérique.

Tout au long du récit de ses aventures, on le voit d’abord préoccupé d'assurer sa subsistance, obtenant des faveurs ou des permissions en ville pour travailler à son compte pendant les haltes trop brèves de son régiment, réparant ou fabriquant chaises, blutoir, tour à broches multiples, faisant part de ses connaissances techniques pour dédommager la population des guerres de France. Débrouillard, mais honnête, optimiste même dans le malheur, il s'efforça de tirer le meilleur parti des circonstances, de réconforter ses compagnons de misère et de partager avec eux le produit de ses ruses ou de son travail. Blagueur, il émaille son récit d'anecdotes piquantes, mais il devient frondeur et il brave un officier de marine anglais qui veut se moquer de Bonaparte. Cette âme simple a le sens de l'honneur et de la grandeur de la France. Joseph ne faillira qu'une fois à ce principe, se disant Belge pour revêtir l'uniforme anglais et déserter ensuite. Il ne faut pas s'en étonner : Ham-sur-Heure étant, sous l'Ancien Régime, terre liégeoise et l'ancienne Principauté ayant voté son rattachement à la République, Joseph pouvait se sentir et se prétendre Français Ne sont-ce point ces mêmes raisons qui expliquent la francophilie marquée de Liège et de son ancienne principauté ainsi que la tradition régionale des " Marches" militaires de l'Entre-Sambre-et-Meuse où les uniformes de l'Empire prédominent ?

Texte de Jean-Marie HOREMANS – Centre d’Histoire et d’art de la Thudinie
A.S.B.L., 7, rue Louis Cambier
6530 - THUIN

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Son Livre

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On en parle

Le grenadier Joseph Horemans est cité dans divers ouvrages, notamment dans
"L'Armée de Napoléon" - Organisation et vie quotidienne - d'Alain Pigeard (ed. Tallandier)

On peut lire le chapitre concerné ICI

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